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Sous le voile du secret

(Suite de "Syndrome du Saumon")

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20 mars 2016.

Ce matin-là, il ne fait pas très beau au dehors.

Un orage a noyé l'avenue pendant la nuit.

Comme toujours, Clara s'apprête à faire son jogging du matin.

Le fidèle « Cow-boy », chien de compagnie s’agite et presse sa maîtresse.

C'est alors qu'elle voit du courrier dépasser de la boîte aux lettres.

Intriguée, elle s'arrête.

Une enveloppe de faible poids sort de celle-ci.

Elle ne reçoit plus tellement de lettres par la poste.

Internet lui permet de passer le temps, de communiquer avec Julia, sa meilleure amie et de payer les factures.

Elle tourne et retourne le petit paquet dans ses mains.

Il est timbré à partir du Maryland.

Pas d'erreur, sa propre adresse est bien présente plantée au milieu d'une étiquette au centre de l'enveloppe.

Par contre, pas de nom de celui qui a posté la lettre ni au recto, ni au verso du paquet.

Elle déchire la tranche avec le plat de sa main.

Une lettre et une autre enveloppe qui manifestement, doit contenir d'autres lettres pliées seulement en deux, à l'intérieur.

Elle commence à lire la première qui est très courte.

Chère Madame Thompson,

C'est avec tristesse que j'ai appris la mort de votre mari, John.

Je ne sais s'il vous a parlé de moi.

Nous nous sommes connus à la NSA et je suis devenu très vite son ami.

Il m'a beaucoup parlé de vous.

Il m'avait laissé votre adresse avec la mission de vous faire parvenir ce petit paquet de lettres que vous trouverez à la suite de la mienne.

Il avait le souhait que je vous fasse parvenir l'ensemble si votre époux John venait à décéder.

J'ai appris son décès comme tout ceux qui travaillent à la NSA.

C'est peut-être une grande maison mais un petit monde qui se croise dans les bureaux, se parle parfois et ne se revoit qu'après certaines opérations très particulières à l'extérieur.

Je réalise donc son vœux à titre post mortem.

Je ne connais évidemment pas leur contenu.

Vous les recevez tel quels derrière des enveloppes fermées.

J'ai attendu quelque peu avant de vous les envoyer pour des raisons de sécurité.

Je suppose qu'il voulait vous raconter quelques péripéties de sa vie.

Il ne m'en a donné que quelques idées d'ensemble.

Je vous prie d'accepter, chère Madame, mes condoléances les plus sincères.

Bien à vous,

Ted

La lettre se termine en moins d'une page avec seulement un prénom pour signature.

Un prénom qu'elle ne connaît pas.

John ne lui avait pas parlé de son collègue et ami, Ted qui n'était donc pas au courant de la fausse mort de John et de sa résurrection.

Clara a l'envie de défaillir en tremblant de tous ces membres sur ses jambes.

Elle semble revivre une histoire déjà vécue un mois plus tôt quand un soldat était venu lui annoncer la mort de son mari, John.

Depuis, si elle a enterré un homme qu'on lui avait déclaré être son mari, ce n'était pas lui.

Elle n'avait pas pu l'identifier parce qu'il venait d’Égypte et que le corps était déjà en décomposition.

Depuis, elle l'avait revu.

Elle savait John, vivant.

Accompagnée de son fils Stephen, elle avait voulu apprendre son passé parallèle à la NSA.

En si peu de temps, cela aurait été une gageure si un hasard ne les avait pas aidé quand ils l'avaient retrouvé habillé avec une djellaba locale.

John leur avait raconté ce qui lui était arrivé et révélé son désir de changer de vie et de revenir à zéro.

Elle se souvient encore de cette vidéo qu'il leur avait montré avec ces drones qui pour lui avait été un déclic.

Ensuite, Clara et Stephen étaient retournés en Floride, rassurés et heureux de sa décision.

La NSA avait dû perdre sa trace puisqu'elle n'avait plus eu de suites.

Elle retourne à l'intérieur de la maison.

S’assoie dans le fauteuil du salon et commence à lire la deuxième lettre.

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2 février 2016.

Chère Clara,

Si tu reçois cette lettre, c'est que je n'aurai pas réussi à disparaître sans laisser d'adresse selon mon dernier souhait.

Comme je l'imagine, tu as dû recevoir un militaire pour annoncer ma mort.

Je me disais que les souvenirs ne peuvent mourir complètement avec moi qui les emporte.

Je ne t'ai jamais raconté beaucoup de mes aventures car j'étais tenu au secret pour différentes raisons dans ma vie.

Ne t'attend d'ailleurs pas que je te mettes au courant de ce qui concerne mon dernier emploi du temps dans les lettres qui suivront, si ce n'est pas tombé dans le secteur public.

Quand nous nous sommes retrouvés en juillet 2015, ma décision de changer de vie avait été prise sans en connaître encore la méthode pour y arriver.

Changer de vie et fuir, cette vie que j'avais prise un jour sans me rendre compte des implications.

Cette vie qui m'avait imposé, tellement de secrets volontaires ou non.

Pour changer de voie sur ce qu'on fait, il suffit parfois de presque rien.

Une vétille crée l'étincelle et entraîne la réflexion qu'on s'est trompé de voie et qu'on a été trompé par de beaux principes nationaux.

Tout à coup, le monde devient plus clos et ne parvient plus à combler ses désirs familiaux primaires.

J'ai donc terminé ma vie à la NSA où le secret est la fonction même des services.

La violence qui se cache derrière les services secrets, m'était devenu insupportable.

Je pensais que dans mon monde fermé à la communication que je pouvais me préserver du monde et de ses vicissitudes.

C'est vrai dans un premier temps, mais cela devient très difficile quand il faut expliquer son attitude et qu'on ne le peut pas.

Partager mes sentiments avec toi et avec d'autres m'était devenu interdit.

On nous apprend à être plus fort, plus instruit, plus tout, mais pas de l'essentiel, d'avoir son existence à soi dans le privé d'un couple.

Le cerveau n'a une existence que par la communication et le partage des informations et de son savoir.

Aujourd'hui, Internet est le reflet de cette mise en réseau de l'information universelle.

Ce manque de contacts, de pourvoir s'ouvrir et de se décharger de ses troubles par les confidences, s'est progressivement fait sentir en moi.

Ted était le seul avec qui j'ai pu ouvrir quelque peu ce qui se maintenait difficilement en moi.

Cela avait généré une lassitude de ne pas exister avec mes proches pour leur exprimer mes expériences.

Cette lassitude, je l'ai ressentie avec les années qui passent trop vite avec le trop plein qui se manifeste.

Il est temps de vivre autrement pour sortir de ce blocage.

Au cours de l'année 2015, j'avais pris la décision d'envisager de vivre une autre vie future avec toi.

Je ne pouvais pas t'en parler plus tôt car je n'étais pas certain d'aboutir dans ce changement de cap.

Voilà le bouleversement qui s'est opéré en moi.

Depuis lors, ce passé, je l'ai décrit au fur et à mesure dans une suite de lettres que j'ai écrit sans pouvoir te les envoyer dans un journal secret.

Opération très salutaire pour faire le point des épisodes de ma vie et de ce qui l'avait engendré.

Pour qu'elles paraissent le plus représentatives, j'écrivais quand j'avais le temps dans des périodes chargées de stress et de craintes.

Je te ferai grâce des fadaises que je finissais par jeter à la poubelle, endroit qu'elles n'auraient jamais dû quitter.

Ce sont ces lettres que j'ai transmises à mon ami Ted pour lequel j'avais une confiance absolue et qui a accepté de jouer ce rôle de messager auprès de toi après ma mort.

Il y a bien longtemps, que tu avais remarqué que j'étais souvent absent de la maison.

Trop souvent, je l'avoue.

Tu m'as souvent attendu de nombreuses semaines, si ce n'est pas plus, avant que je ne réapparaisse à la maison.

Tu as pu penser qu'il y avait une deuxième vie parallèle à toi.

C'est vrai, il y en avait une mais ne t'inquiète pas, cette vie parallèle, je ne la passais pas avec une autre femme.

Enfin, sauf une fois, il y a longtemps, dans un moment de détresse sans amour amis qui n'était pas une rivale pour toi...

Je n'anticipe pas.

Je te dois donc des explications sur mes absences et peut-être sur ma tentative manquée de former un couple très uni avec toi.

Ce n'est pas le moment de faire des confessions mais celui de faire un testament.

Un testament que j'espère ne sera pas trop difficile à lire.

J'espère que tu retrouveras après moi, un peu plus qu'un hologramme, un fantôme qui traîne un boulet de secrets derrière lui.

Si la haut où je suis sensé aller, le grand ordonnateur pense que je lui réveillerai des secrets sur comment va le monde du dessous, il se trompe.

Je suis tenu au secret à vie et à mort.

Mon histoire remonte très loin dans le temps.

Une vie familiale des parents qui donnait les prémices de ce qui allait suivre.

Il faut que je te l'avoue, tu avais épousé un pigeon voyageur.

J'espère que tu me comprendras même à titre posthume.

Je t'embrasse de tout cœur, chère Carla.

Ton John pour toujours,

John,

La biographie de son mari, voilà ce que Carla avait espéré depuis longtemps et voilà qu'elle se présente à nu devant elle.

La lettre datait de peu de jours avant que Clara reçoive le militaire pour lui annoncer sa mort.

Elle qui veut apprendre à connaître John en allant à sa recherche sur les lieux de son dernier passage, allait être comblée.

Ce n'est pas cette rencontre furtive avec lui au Caire qui l'avait beaucoup plus informée.

Avec impatience, elle passa à la lettre suivante qui remonte encore dans le temps.

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23 février 2015,

Chère Clara,

Je suis un pigeon voyageur depuis tellement de temps.

Un pigeon peut-être, mais qui ne roucoule pas en apportant son message et qui reste muet comme une taupe ne pouvant rien révéler ni raconter d'où il venait et où il va.

Un pigeon part souvent en mission et revient où il est parti quand son travail de messager est terminé.

Je suis revenu à la maison, chaque fois que ma présence était requise dans les grandes occasions de notre existence comme les anniversaires et les fêtes traditionnelles du Thanksgiving, de Christmas....

Mais c'est vrai, je le sais, je l'ai ressenti encore lors de notre dernière entrevue, cela n'a pas dû être suffisant pour toi.

Mon trouble psychique correspondant à ce goût du voyage inconsidéré, je le connaissais depuis ma jeunesse en réaction à l'immobilisme de mes parents.

Il s'agissait bien d'un trouble.

Je l'ai compris plus tard à la recherche d'un paradis qui n'existe nulle part.

Déboussolé, j'ai dû perdre mon chemin en route et me fourvoyer dans une sorte de syndrome migrateur.

J'éludais quelque part mes responsabilités de mari et de père, mais c'était plus fort que moi.

Le voyage est une sorte de confessionnal ambulant dans lequel les rencontres se permettent des confidences puisqu'elles n'auront en principe aucune suite.

Les rencontres, les paysages, c'est ça qui fait tout le charme des voyages.

Dans ma jeunesse, j'étais un passionné des livres de Jack London.

Un véritable citoyen du monde, cet écrivain.

Si tu n'as pas lu un de ses romans, « L'appel de la Foret » ou « La maison du loup » dans lequel il parle de sa maison incendiée qui l'a obligé à prendre le monde comme nouvelle résidence....

London donne parfaitement l'envie de parcourir le monde à un jeune.

Il y aura bientôt cent ans qu'il a passé l'arme à gauche à l'âge de quarante ans.

Une vie courte mais une vie remplie pleines d'aventures à tous les instants avec son bateau pour traverser les mers.

Son plus terrible dilemme, il a dû l'endurer à choisir entre le travail de ses contemporains et la vie vagabonde.

Son travail s'est mué en écriture de sa vie à corps perdu et a apporté le rêve chez les autres.

Le voyage sert à se comprendre soi-même, à estimer si on est dans la moyenne de la masse des travailleurs qui ne verront que le bout de leur chemin à quelques pas de chez eux.

C'est vrai que beaucoup d'Américains ne connaissent rien d'autre que leur région.

Au mieux, c'est le reste du pays qui reste immense et qui leur suffit encore aujourd'hui.

Je voulais dépasser ces frontières américaines.

Aller voir si l'herbe n'avait pas plus de couleurs de l'arc-en-ciel, dans tous les horizons et toutes les directions.

A l'usage, à force de passer d'un horizon à un autre, on découvre qu'on accentue sa solitude par son côté exclusif mais je n'y voyais qu'une richesse sans vouloir y voir de points négatifs.

Du syndrome du voyage, il paraît que ce serait un symptôme psychiatrique comme le sont les états délirants aigus, les hallucinations, un sentiment de persécution, d’agression, de l’hostilité d’autrui, d'une déréalisation, d'une dépersonnalisation, d'anxiété, et également de troubles à expression corporelle comme des vertiges, une tachycardie, des sueurs, etc.

Incroyable que l'on puisse dire et écrire cela.

Je n'ai rien ressenti de la sorte.

Pour moi, c'était la délivrance de ce que j'avais connu précédemment.

Un sauvetage par la diversité des rencontres.

J'ignore si cela peut avoir un nom qualifié de syndrome psychiatrique d'ailleurs.

Le syndrome de Stockholm qui s'habitue avec un environnement hostile en n'y trouvant que des avantages correspondrait mieux.

Le point négatif, c'est que si les rencontres furtives de la condition humaine nous servent de dérivatif, elles ne parviennent pas à analyser plus profondément cette condition humaine.

Je l'avoue, le but n'était pas toujours louable d'éjecter de sa mémoire ces rencontres furtives pour en trouver d'autres ailleurs même si elles peuvent être plus enrichissants.

Peut-être était-ce une naïveté face à elles qui m'avait toujours poussé à continuer ma quête sans jamais me sentir rassasier.

Mon problème était peut-être emprunte d'instabilité.

Quand je suis quelque part, très vite, je ressens un manque de nouveautés et d'aventures qui m'oblige à chercher une suite dans un feuilleton jamais achevé.

Mon syndrome d'exotisme et du voyage, ce n'était pas envers des œuvres d'art, de symboles religieux mais comme une recherche à me connaître ou me reconnaître moi-même.

J'aimais les rencontres de personnes qui ne me ressemblent pas et qui peuvent m'apporter ce choc de culture que l'on finit par rencontrer.

Mon besoin de communier avec le reste du monde ne date pas d'hier.

J'aurais pu le réaliser en virtuel par internet comme beaucoup le font aujourd'hui, diras-tu.

Tu as raison, j'ai fait d'ailleurs quelques essais dans ce sens.

J'ai acheté beaucoup de DVD sur des endroits exotiques dans le monde mais cela ne me donnait pas l'adrénaline nécessaire et cela avait accentué mes envies d'aller voir sur place.

De plus, souvent c'était pour vanter un endroit avec une idée touristique derrière la tête.

J'en arrive à me demander comment certains se croient dans un paradis avec un casque sur la tête avec la vision d'images en 3D comme la technologie le permet aujourd'hui.

Il y a toujours le vent, les odeurs qui manqueront.

J'aimais tous les genres de dépaysements, les chocs culturels, les chocs de l'improvisation, de l'inattendu qui m'apportent de l'adrénaline par les risques qu'ils apportent.

Au début, tout avait été organisé dans ma vie pour atteindre cet objectif qui comportait toujours quelques risques de mauvaises rencontres.

Puis, il y a eu la NSA et tout a été cassé sans m'en rendre compte.

Si j'aimais toujours les voyages, je ne pouvais plus en donner mes impressions, mon ressenti à d'autres.

Le paradoxe de ma vie dans toute sa splendeur.

Plus casanière, tu n'avais, semble-t-il, pas ce goût du risque de faire des rencontres heureuses ou malheureuses.

Plus familiale, tu te complaisais avec les gens de ton entourage que tu connais depuis de longues dates.

Je me rends compte que je me trompe peut-être puisque nous n'en avons jamais parlé.

Mais t'entraîner dans mon univers de risques concernés par le travail dans la NSA comme un bourlingueur de l'extrême, avait cassé toutes espérances.

Allons-y dans ce passé sous le voile du secret partagé.

John,

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15 mars 2015

Chère Clara,

Quand j'étais en mission en Égypte pour m'intéresser à ce qui se passait lors du printemps arabe, mon goût pour l'exotisme avait été comblé.

Une Égyptienne, du prénom de Dalida, m'a initié à l'autre forme de vie en Extrême-Orient.

Professeur à l'Université, elle s'était déjà aventurée dans beaucoup d'endroit dans son pays et d'autres du Moyen-Orient.

Je ne connaissais pas la langue égyptienne mais l'anglais me suffisait dans la plupart des cas des rencontres dans l’hôtel.

Lors d'une visite à l'université du Caire, nous nous sommes parlés.

Elle n'avait jamais été en Amérique et nous avons échangé nos expériences et nos habitudes dans nos deux pays respectifs.

Pour moi, c'était l'aventure touristique avec un bonheur à l'état brut.

Nous nous sommes donnés rendez-vous et elle m'a servi de guide et d'interprète.

Je l'ai revue quelques fois mais sans plus que des visites de courtoisies et d'échanges de versions de vie.

Pas à dire, l’Égypte, c'est un autre monde.

J'ai été conquis par cette question sans réponse à chercher à savoir comment on pouvait vivre encore ainsi au 21ème siècle avec les troubles que nous y avons trouvés dans des crises multiformes.

Mais c'était une parenthèse qui m'a fait réfléchir sur moi-même..

Ma maladie de bourlingueur, de pigeon voyageur s'en est assagie d'autant ces derniers temps.

Je me dois de remonter bien plus loin dans le temps aux sources de mon moi.

C'est pour cela que j'ai laissé mûrir mes souvenirs dans un journal dont j'ai repris les épisodes sans les réécrire totalement.

J'en suis devenu insomniaque inquiet, toujours à l'attente d'un événement qui allait tout remettre en question, me plaisait.

Mon odyssée sous forme de lettres, je l'ai donc organisée dans l'espace de temps d'une année.

Je t'assure ce fut une putain d'adrénaline difficile à mettre en boîte...

Je vivais des aventures rocambolesques sans être narcoleptique, sans plus savoir si comme acteur, je rêvais ou si j'étais éveillé dans le monde réel.

Avant cela, je n'avais jamais eu le temps de beaucoup rêver ou alors j'ai dû oublier dans la fuite en avant.

Dormir pendant deux ou trois heures en moyenne sans me sentir fatigué, a été mon lot pendant quelques années.

Tu sais, on s'habitue à ce rythme sans s'en rendre compte que l'on se pourrit la vie.

Tout vivre dans le réel est peut-être encore plus stressant que de voir un thriller à la télé.

Alors, prépare-toi à un mélange de rêves et de cauchemars qui se perdent au travers de mes péripéties.

Notre pays connaît un retournement de situation actuellement avec les élections d'un nouveau président qui se prépare en coulisse.

C'est parti... Tourne la première page...

Les pages qui suivent, racontent ma vie mixée avec et sans toi.

J'y ai ajouté des dates. Elles ne veulent rien dire.

Ce sont celles du jour où je les avais écrites.

Elles n'ont pas écrites sur le vif mais avec le recul du temps.

Avaient-ils un besoin d'être localisés dans le temps ?

Je ne suis pas sûr.

Lis les comme si c'était un feuilleton à suspense à la télé.

J'ai dit à Ted, le facteur de ce courrier, de ne pas signer sa lettre pour qu'il ne soit pas impliqué ni inquiété par mon histoire.

Ne compte pas que je te donnerai des détails secrets et stratégiques qui pourraient me faire reconnaître si mes lettres étaient lues par des personnes non-autorisées.

Ce que tu liras ce sont plutôt des souvenirs, des observations et des anecdotes qui me sont venues à l'esprit au moment où je les ai écrites.

Je t'embrasse.

Ton John,

Clara s'arrête de lire, pensive.

Elle relit la dernière lettre.

« Ai-je vraiment mal compris John pendant tout ce temps », se dit-elle.

« Il ne lui jamais demandé si elle aimait les voyages. Comment a-t-il pu le penser ? Oui, je n'aime pas les dangers, mais à part cela », continue-t-elle.

Ces lettres sont un testament d'un mort d'une sincérité qu'elle ne connaissait pas de la part de John.

Elle avait parfois senti une gène, mais elle n'avait jamais été plus loin pour le faire parler plus intimement.

Elle se rend compte de son erreur de ne pas l'avoir forcé à parler pour souder encore son couple.

Depuis le moment où on lui avait appris sa mort, qu'elle l'avait revu bien vivant ensuite, tout lui apportait des chocs existentiels.

John n'était pas en correspondance avec l'image qu'elle s'en faisait.

Elle se sent obligée de retracer le passé en mémoire avec une impression de revivre certains moments.

Une question qui revient lancinante et l'a fait frémir.

Et si John était une nouvelle fois tombé dans un piège ?

Etait-il vraiment vivant depuis qu'elle l'avait revu ? »

Pas question d'appeler ou d'écrire à John en Égypte pour lui dire que ces lettres lui sont parvenues.

Elle ne connaît même pas sa nouvelle adresse.

Non, je ne peux, je ne veux pas revivre cela...

Carla allume la radio. Une vieille chanson "The sound of silence" inonde la pièce.

Elle passe à la lettre suivante.


20 mars 2015

Chère Clara,

Ce qui va suivre, va t'apprendre comment je suis devenu agent secret.

Tu as appris mes envies de voyages comme premières raisons.

Elles n'expliquent pas tout.

Reculons d'un grand bond en arrière dans le passé.

Mes parents, tu les as rencontrés mais tu ne les connais pas vraiment.

Leur couple est loin d'un poème d'amour.

C'est toute une partition dont j'ai eu à interpréter ses notes discordantes ou dodécaphoniques.

J'étais presque sûr qu'ils ne s'aimaient pas vraiment ou que si cela avait été le cas, c'était au début de leur mariage que je n'ai pas eu le bonheur de connaître.

Il a fallu trois ans après leur mariage pour que j'apparaisse sur cette terre  et cinq autres années pour que je me rende compte du résultat de leur union qui ne survivait que par l'habitude et la morosité partagée.

J'avais progressivement senti chez eux comme une rupture, si pas une déchirure, avec la société et le monde.

Enfant, si j'acceptais des réflexions telles que les « il faut que tu... », une fois adolescent, quand la formule devenait « il faut que l'on... », enregistrée sur un disque rayé, chez moi, cela ne passait plus et restait lettres mortes alors qu'ils ne respectaient aucun de leurs conseils dans leur couple.

Le moins que je puisse dire, c'est que j'ai très vite eu un besoin immense d'air et de grands larges au milieu de ce jeu de quilles qui s'entrechoquaient.

Bien avant notre mariage, j'avais choisi toutes les occasions et opté pour toutes les opportunités de prendre ma liberté en m'éloignant d'eux et de leurs nombreuses disputes.

Tout était bon pour me désenclaver des obligations que mon père m'avait ingurgités à la petite cuillère comme un leitmotiv religieux dénué complètement de fantaisie.

Je ne suis parvenu que partiellement à sortir de ce monde clos.

Je suis sûr que mes lettres te paraîtront plutôt sèches, dénuées de sentiments.

L'enfance qu'on le veuille ou non, reste ancrée dans nos circuits intégrés.

T’épouser m'avait apporté une nouvelle porte de sortie, un nouvel alibi ou une nouvelle justification personnelle pour leur prouver que la vie était autre chose que celle qu'ils vivaient et dont je me désolidarisais.

Si tu aimes les romans noirs ou, à la rigueur, une comédie grise sans suspense, tu vas en connaître les péripéties.

Chez mes parents, chaque acteur y revivait en permanence ce qu'il avait vécu la veille sans se rendre compte de la répétition de sa morosité.

La meilleure simulation de leur situation se retrouvait dans le film «  Groundhog Day” (« Un jour sans fin » ) dont le scénario se renouvelait (le mot est mal choisi) par des réflexes conditionnés en réaction au dogmatisme de mon père, passeur de leçons trop rigoristes mal adaptées à celles de ma mère.

Celle-ci était une véritable pile électrique, possessive tout autant qu'agressive.

Elle lançait ses décharges sur tout ce qui ne lui plaisait pas.

Ce qui apportait évidemment beaucoup de potentiel de disputes.

Dans le fond, à y réfléchir, peut-être en voulait-elle à la terre entière de n'avoir pas eu la vie qu'elle rêvait secrètement dans une ville auréolée de gloire comme on le voit dans les films sortant de la Mecque Hollywood et qu'elle aimait regarder à la télé.

Si après coup, elle reconnaissait ses erreurs de jugement, c'était vite oublié et cela recommençait.

Jamais responsable, elle ré-aiguillait ses humeurs par contumace sur mon père qui n'avait plus le droit de réponse alors que moi, par ricochet, je recevais les balles perdues.

Quand elle avait perdu une bataille, elle venait dans ma chambre-mansarde où je m'étais réfugié en attendant la fin de l'orage, pour me donner sa version des faits de la dispute dont elle venait de subir la défaite.

J'écoutais mais je ne répondais pas.

Chercher des responsabilités m'indisposaient n'y voyant qu'une suite logique dans leur manque d'amour.

Si la télé complétait parfois le vide de ses connaissances et si son potentiel d'imagination et d'entendement était dépassé, mon père zappait jusqu'au moment où il voyait un match de base-ball.

Mon père n'avait ni reçu une instruction avec des qualifications empruntes de modernité qui lui auraient permis d'aller chercher ailleurs d'autres occasions plus rémunératrices.

Pour cette raison, je ne lui en tenais pas rigueur même si je ne supportais plus que difficilement, cette vie recluse dans le passé.

Un jour quand ma mère lui avait cassé les pieds, j'ai essayé de faire comprendre à mon père, à mots voilés, qu'il pouvait quitter ma mère que comme j'étais devenu assez grand que je n'y verrais aucun inconvénient.

Il m'a répondu :

-Tu connais ce qu'on dit à l'église quand on se marie ?

-J'imagine mais je ne suis jamais passé par là. J'ai assisté à d'autres mariages sans entendre ce que le pasteur disait.

-Le mariage est un sacrement. On se marie pour le meilleur et pour le pire. Ce serment, je l'ai fait devant notre pasteur. Je resterai avec ta mère jusqu'à la fin pour le respecter.

Je n'insistais pas, sentant que j'avais touché un point sensible de son blocage.

Peine perdue, de le lui avoir fait remarqué.

Mon père avait des moments de faiblesses. Il savait qu'il avait perdu face avec ma mère depuis longtemps.

Probablement, une journée de fatigue en revenant de l’atelier de menuiserie qui l'employait, il me parlait.

Il tentait de se justifier. Il m'apportait sa philosophie de l'infinité du temps et de l'espace... et surtout de son jardin.

En échange, comme je savais qu'aucune réponse proactive ne serait suivie d'un changement à mes confessions, je n'insistais pas.

Dans le fond, la routine ne devait pas lui déplaire totalement.

Tu as entendu parlé des Amish.

Nous n'en faisions pas partie, mais nous avions quelques similitudes avec cette communauté. Ce n'était que les ustensiles et les vêtements plus modernes qui apportaient une différence, une "customisation" par la forme mais pas par le fond.

Dans le fond, parfois, j'ai dû penser que j'étais quand même partiellement responsable, d'être un trouble-fête, d'être un accident de leur vie qui ne leur avait pas permis d'exaucer leurs intimes volontés.

Le village dans lequel notre famille habitait, était perdu au milieu de nulle part à proximité de la Route 66 qui traverse le pays.

C'était un petit village frappé de plein fouet par la désertification programmée qui attendait que les derniers habitants disparaissent par l'usure du temps.

Il y avait tellement peu d'habitants que tout le monde se connaissait par cœur.

Ses habitants s’observaient et connaissaient le caractère de ses voisins et comment les faire plaisir ou au contraire, les déplaire.

Ce que ses habitants pensaient, ce qu'ils allaient faire de leur journée, ce qu'ils allaient dire pour entamer une conversation quand ils se rencontraient, tout était en grande partie programmé comme sur du papier à musique.

C'était une petite maison avec un grand jardin dont mon père avait fait son éden sur terre et son lieu de retranchement.

Le feuilleton de « La Petite Maison dans la prairie » (« Little House on the Prairie » ) avec la famille Hingalls a bien rendu cette vie de campagne mais sans le bonheur qui s'y retrouvait.

Mon père était un vieux pilier de notre village.

Je ne l'ai jamais vu sortir du village très longtemps ou j'ai oublié ou il était parti en cachette à la ville la plus proche, sans qu'il ne me l'ai raconté.

Le truck servait pour les déplacements utilitaires. La grande ville se trouvait à plus de deux cents miles.

De toutes manières, je n'en aurais pas gardé un souvenir impérissable.

Des grands voyages, mon père en avait une sainte horreur.

Dès qu'il voyait un accident d'avion à la télé, il sortait une phrase mythique du style :

-Tu vois ce que c'est de vouloir partir.

- Oui, mais ils auraient pu vivre une autre vie. Nous aussi d'ailleurs. On aurait pu aussi voyager », répondait ma mère pour l'affronter.

-Tu es folle. On n'a pas l'argent pour faire ce genre de folies dépensières.

De l'argent, il en gagnait peut-être pas à la folie, mais cela ne permettait pas de lancer une telle réplique. Quant à ma mère, elle faisait des travaux de couture à la maison qui lui rapportait quelques dollars pour arrondir les fins de mois.

Pour lui, le jardin était sa seule passion et rien ne pouvait subsister en dehors de cet espace restreint. Il y allait pour remuer la terre et visiter ses légumes.

C'était sa retraite de Russie qui lui permettait de s'échapper de la prison factice sans barreaux dans laquelle il s'était fait un patrimoine intangible.

Avant le repas, il marmonnait des bénédicités qui ne disaient pas tout.

Il s'était imposer un enfer à vivre en compagnie des autres et de lui-même.

La sortie du dimanche matin, un rite immuable qui commençait à l'église.

La messe et le sermon du pasteur qui n'avait rien d'original avec extraits de la Bible, lus et relus invariablement avec des vibrations dans la voix.

Pour mon père, cela se poursuivait par un virée avec les copains dans le seul saloon du village.

Les petites maladies du village étaient, alors, gonflées pour gagner une case sur l'échelle d'intérêts des convives présents.

Pas à dire mais on se croyait téléporté au temps des westerns de pionniers.

Rien n'était programmé pour que cela puisse changer un jour.

Il manquait seulement des indiens avec leurs flèches et des winchesters pour réagir à leurs attaques.

Ma mère était une femme d'intérieur tout en rêvant d'ailleurs. Mon père, l'homme de proximité et de convenances.

Nous sommes tous, sans le savoir ou le vouloir, les principaux artisans des impasses dans lesquelles nous aboutissons.

La naissance de mon envie de voyager dans le monde était venue en réaction à l'immobilisme de mon père, de l'isolement et du manque de nouveautés dans lequel on vivait.

Je n'ai jamais regardé ce que mon père lisait, mais j'étais sûr qu'il ne cherchait pas à combler ses lacunes avec le reste du monde.

Un jour, je m'étais rebellé en disant que la vie explosait partout ailleurs, sous d'autres horizons dans les grandes villes comme New York.

-Papa, tu devrais lire des romans, des fictions qui te feraient sortir de ton environnement.

Il s'était fâché avec une main élevée au dessus de sa tête.

-Voilà qu'on m'oblige à lire ce que je n'aime pas. Que je dois aller vivre dans ces grandes villes de malheur. Où va-t-on. Ce n'est pas toi qui fera la loi dans cette maison.

Comme pour l'appuyer et me contredire à mon tour, ma mère était venue jouer dans ses cordes.

Je pense qu'elle avait compris qu'if fallait ce genre d'occasions pour ressouder les liens dans son couple en gagnant des points fusionnels contre moi.

Le Syndrome de Stockholm les avaient mis dans un état de solidarité dont je ne faisais simplement pas partie.

Après cette engueulade paternelle et péremptoire, je m'étais réfugié une nouvelle fois dans ma chambre pour reprendre la lecture d'un livre de voyages que j'avais entamé et que, de rage, j'ai lu d'une traite jusqu'à la dernière page jusqu'à la nuit tombée.

Des livres, parlons-en.

Ceux que je lisais, faisaient partie de ceux que je retrouvais dans le magasin qui n'avait rien d'une librairie.

C'était plutôt un mini super-bazar dans lequel on trouvait tout ce qui était utilitaire dans le village plus que des livres culturels.

Ils correspondaient à ceux que l'on rencontrait des années auparavant dans les grandes villes.

Comme récompense d'un incartade d'opposition avec eux (- si l'on peut dire - ), mon père et ma mère, de commun accord, m'avaient envoyé en internat dans un Collège considéré, par mon père, comme étant parmi les écoles de la disciple où on allait forcément m'instruire mais aussi me mater.

J'étais content d'échapper de la maison et de me retrouver en internat dans cette école.

J'y ai suivi un enseignement ultra-classique dans une atmosphère de compétitivité à outrance.

L'école n'était pas vraiment une réponse ni une chance pour répondre à mes désirs d'évasion dans le monde, mais j'y trouvais une compensation quand on y parlait de ce qui me passionnaient comme les mathématiques, la géographie.

Les chiffres m’apportaient l'abstraction.

La géographie, une vision de l'immensité du monde.

Quant à la littérature, j'e l'avoue, j'avais des préférences très spécifiques et j'éliminais la littérature trop romantique ou trop poétique.

Quand on a un peu ce qu'on appelle la bosse des maths, je me suis senti très vite repoussé par ceux qui ne « mordaient » pas dans ce gâteau de la connaissance.

J'avais pris le nom de cire-pompe ou lèche-cul souvent comme premier de classe.

Un professeur qui avait compris que j'avais l'étoffe d'un surdoué.

Être considéré comme un phénomène, cela apporte une foule de complexes solitaires.

On sort de la normalité et on vit dans un monde en vase clos dans lequel on ne se confie pas facilement de peur d'être mal compris et de finir par être rejeté.

De la solitude, j'en avais fait une maîtresse de la sagesse bien malgré moi..

Des copains, j'en ai eu peut-être mais jamais eu de vrais amis qui s'accrochent longtemps à mes basques.

J'en arrivais à aimer la discipline dans la vie d'étudiant.

Ce qui rendait ma position encore plus mal vue par les autres.

Cette école m'a plus appris la solitude et l'indépendance plutôt que l'esprit de groupe.

Elle a certainement dû laisser des traces dans ma vie d'adulte.

Un signe qui ne trompe pas, je n'ai jamais eu la moindre envie de retrouver mes anciens condisciples ni de revoir l'école.

Arrivé à mes 18 ans, j'ai presque exigé d'être envoyer à l'école militaire la plus proche qui naturellement se trouvait trop éloignée pour permettre de revenir au village qu'un week-end sur deux.

Je fus envoyé à l’académie militaire de West Point.

Les voyages organisés par l'académie n'allaient pas bien loin mais ils permettaient de m'ouvrir l'appétit aux voyages et complaire mon esprit emprunt de discipline.

Le diplôme en poche, j'ai quitté l'armée et j'ai immédiatement cherché à utiliser mes connaissances dans le secteur privé à mon compte.

J'avais écrit à mon père pour lui faire part de ma nouvelle situation et de mes sentiments envers ma mère.

Mon père m'avait répondu :

- Ne t’inquiète pas, ne pense pas à cela, elle a toujours eu ce sentiment parce qu'elle reproche tout à tout le monde qui veut l'écouter de bonnes grâces, d'avoir raté sa vie. C'est pour t'éloigner que j'ai consenti à t'envoyer dans un internat assez loin de la maison.

Donc, ce n'était pas ma mère qui m'avait poussé à poursuivre mes études.

J'avais répondu à mon père par une autre question sans être assuré de recevoir une révélation:

- Qu'est-ce que tu aurais aimé faire de ta vie si tu pouvais remonter le temps ?

Je fus désarçonné par sa réponse.

- Je partirais sur un petit bateau à moteur pour sillonner la rivière qui passe par le village.

Surpris par sa réponse, je n'ai pas osé lui demander pour aller où ?

Ce genre de confidence ne se représenta pas.

C'est dommage car c'est à cet instant qu'il avait repris beaucoup d'estime dans mon esprit.

Quant à ma mère, qui m'avait envoyé en internat, je ne lui ai pas demandé si c'était pour m'écarter de la maison parce qu'elle m'avait aimé.

Était-ce pour elle, aimer mon père que de l'avoir cloisonné et de l'avoir empêché d'avoir son petit bateau pour partir sur la rivière ?

J'en ai eu plusieurs années après la confirmation d'être mal-aimé par ma mère.

Elle avait dû avoir des ratés du côté de l'esprit maternel.

Il faut plus de vécu pour comprendre l'intimisme de quelqu'un d'aussi proche que sa mère.

A quoi servent les questions qui resteront sans réponses ?

Quelques années après, j'avais appris qu'ils avaient tout de même déménagé dans la ville la plus proche.

Je me suis demandé si c'était moi qui les avaient bloqués dans ce village perdu de tout.

Dans la ville, mon père y a exercé le même boulot et ma mère a commencé "bizarrement" du baby-sitting. 

J'ai appris par la bande que son entourage la considérait pour folle auprès de ses propres clients qui leur apportaient leurs enfants pour ne faire la garde.

Elle les avaient perdus un à un.

De mon côté, j'avais démarré seul une petite société d'import-export.

J'ai tenté d'apprendre comment parer les coups du sort et des deals commerciaux en me réconfortant par l'idée que j'effaçais mon passé.

Avide de nouveautés, je vivais de nouvelles aventures à la recherche de la résolution de la quadrature du cercle dans l' « American way of life » dont j'ignorais l'existence.

J'ai raconté à mon père, avec un certain plaisir, certaines réussites commerciales en controverse à tout ce qu'il affirmait avec force et caché ce qui n'allait pas.

Je me rendais compte que je luttais souvent contre moi-même.

Il n'est pas toujours intéressant de rester dans sa propre tête.

Je n'avais pas vraiment des dons pour la vente.

Je me suis associé à un gars qui présentait bien et qui avait beaucoup plus de bagou que je n'avais jamais eu.

Différences énormes de manière d'être et d'agir.

Cela a aussi créé des disputes entre lui plus dynamique et moi trop financier.

Souvent, une foule de petits événements anodins s'accumulent et explosent quand on ne s'y attend plus.

Les disputes finissent toujours par s'apaiser par le renoncement d'un des partis en présence.

Elles m'ont souvent servi par après pour comprendre les techniques du compromis avec le courage et l'honnêteté dans les relations humaines.

Mais je remarquais ce que c'était parfois une réédition de ce que j'avais connu dans le couple de mes parents.

Folle ou non, de toutes manières, c'est toujours difficile de se retrouver dans les pensées des autres.

John,

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15 mars 2015

Chère Clara,

Je vivais seul dans un petit appartement. quand je suis allé en vacances au Mexique.

C'est là que je t'ai rencontré.

Notre rencontre à Acapulco a changé ma vie.

Je ne pensais pas que cela puisse m'arriver un jour.

Je t'ai raconté les relations que j'entretenais avec mes parents et ce que cela avait généré comme retombées principales sur mon propre caractère.

Je pensais presque que des époux finissent toujours comme mes parents avec le temps.

Très jeune, j'avais planifié mon existence de manière linéaire sans penser à fonder de famille.

Puis notre rencontre a été, comme on dit, « un coup de foudre »i.

Un coup de foudre, je ne savais pas ce que cela voulait dire, mais si cela existait, cette rencontre avec toi, devrait y ressembler furieusement.

Tu étais l'inverse de moi.

Tu était gaie, spirituelle, drôle et en plus, tu semblais ne pas avoir peur de la vie qui déteint au travers d'un brin de fatalisme bien caractéristique de l'éducation judéo-chrétienne de mes parents.

Ta joie de vivre, ta curiosité de tout m'ont séduit.

Même quand cela n'allait pas, tu parvenais à tourner la situation pour qu'elle devienne amusante.

Tu apportais parfaitement l'autre face d'une pièce que je ne connaissais pas dans mon état lattent d'enfermement d'où je venais dans l'enfance.

Les arts m'étaient relativement inconnus.

Tes qualifications artistiques ont comblé mon manque.

Mes compétences techniques par rapport aux tiennes étaient bien théoriques par rapport aux tiennes bien plus pratiques..

Au Mexique, l'enseignement familiale n'était probablement pas toujours au top pour les gens qui ne peuvent payer des études poussées et pour entrer dans une carrière professionnelle classique, mais tu avais ce complément que je n'avais pas : la joie de vivre même sans rien avoir en poche.

Tu trouvais des solutions pratiques à des problèmes quand je les voyais presque insolubles.

Mes tournures de phrases peuvent te sembler désuètes et traduisent mes difficultés à dialoguer avec une femme.

Plus introverti que moi, c'était difficile à trouver.

Tu m'as bien plus déluré en quelques mois que pendant toutes mes années d'enfance.

Cela a été dure de traverser le temps du 19ème siècle à la modernité.

Les histoires d'amour trop osées, prohibées par la bien-pensance chrétienne, n'existaient pas d'où je venais.

Les jeunes filles et les garçons allaient à des écoles séparées et ne se coudoyaient qu'en cachette.

Quand à l'occasion de cette fin d'année 1994, je t'ai présentée à ma famille, j'étais presque certain que vu ton origine latine mexicaine ne serait pas appréciée à sa juste valeur et que des apartés avec eux tenteraient de ternir mes relations avec toi. Une immigrée dans la famille, métisse de surcroit ; c'était pire que tout.

D'après moi, ils devaient accorder leur consentement à notre union. C'était faux.

Le choc des cultures, du niveaux d’éducation était inévitable, mais je m'en fichais.

Quand je te les ai présentés, tu as su trouver les mots justes pour les intéresser à ta condition et à ta manière de voir ce qu'était un couple alors qu'ils étaient toujours en mal de trouver leur propre chemin dans le même contexte.

Tentative de séduction que je n'avais pas eu à faire avec tes propres parents qui m'avaient accueilli les bras ouverts.

Avec le temps, on se pose de terribles questions.

Est-ce que j'allais pouvoir être vraiment heureux en couple ?

Allais-je moi-même, construire le bonheur que mes parents n'avaient pas pu réaliser ?

Deux questions dont je n'ai pas cherché de réponses avec des arguments adéquats.

« L'enfer, c'est possiblement les autres », avait avancé Jean-Paul Sartre.

Appréhender l’existence face aux événements, nous plonge dans la jubilation ou le pessimisme

Il fallait que tu viennes d'abord vivre avec moi pour ressentir la différence de niveau de vie avec mon pays toujours réglé sur les compétences et le capitalisme débordant.

Tu devais obtenir cette fameuse Green Card pour devenir une véritable américaine avec une langue anglaise plus qu'approximative.

Tu as dû supporter des désenchantements de l'exil et les mirages de l'émigration.

Les Américains sont très ouverts lors de rencontres furtives instantanées, mais il ne faut pas les bousculer en s'incrustant trop longtemps.

Je t'ai demandé de m'épouser alors que je doutais encore de moi.

La date du mariage a été fixée très vite.

J'avais dû avoir peur de faire marche arrière et à renoncer au mariage.

J’espérais seulement qu'avec le temps, je ne tromperais pas tes espoirs.

Nous avons déménagé en Floride.

Puis, très vite, notre fils Stephen est arrivé.

Je te voyais comblée.

Il allait fixé ma propre vie.

Je ne te l'ai pas dit, mais j'ai paniqué quand tu m'as dit que nous allions avoir un bébé.

Je l'espérais mais pour bien plus tard.

J'ai fait un effort de sédentarisation avant de me demander comment j'allais pouvoir goupiller ma vie d'entrepreneur avec la vie de couple.

Stephen m'obligeait une nouvelle fois à changer quelques plans de vie pour moi qui aimait voyager à me trouver toujours ailleurs.

Quand tes parents avec lesquels tu entretenais des contacts fréquents, sont morts dans un accident de voiture, cela a été un choc pour toi autant que pour moi.

Je les aimais beaucoup.

Puis, pour l'entreprise, mes voyages à l'étranger ont recommencé.

Depuis, ce chez moi a toujours été considéré par moi comme un hôtel de passage dans lequel je reviens pour me reposer avant de me relancer dans de nouvelles aventures et dans des voyages au bout du monde.

Depuis un certains temps, j'avais des affaires qui me prenaient de plus en plus de temps.

Je devais aller voir des clients très éloignés qui se foutaient complètement de ma situation de jeune père.

Les clients ne comprennent que pendant un temps que le fournisseur a des obligations familiales.

Le leur rappeler est du temps perdu.

Ils ont parfois aussi des clients à satisfaire dans une chaîne d'intermédiaires.

Un Américain prend son travail trop à cœur avant sa famille et le reste de la vie privée.

Il s'en sent obligé comme s'il est obligé de sillonner son pays pour trouver des prospects.

Quand on ne compte plus en kilomètres mais en heures dans ses déplacements, cela rabotent d'autant le temps.

L'avion et la location de voiture sont devenus mes outils de travail.

« La fascination américaine que procure le pouvoir force à se réinventer en permanence dans des actes », écrivait Francis Scott Fitzgerald.

On n'y joue pas une pièce de théâtre dissidente avec des rôles divers aussi facilement qu'on le devrait pour transgresser la bien-pensance puritaine.

Loin, je pensais à toi et à ta fidélité à m'attendre.

Quand Stephen est arrivé, tu as préparé à merveille la maison pour son arrivée.

Sa chambre était prête comme par miracle sans que j'intervienne.

Tu l'avais peinte en bleu dès que nous avons su qu'il s'agissait d'un garçon.

Il a pris une importance à tes yeux que je t'ai admiré comme suiveur.

Avant Stephen, dans des moments de réflexions, je m'étais demandé quel père j'aurais été.

Cette fois, j'avais une partie de la réponse.

Elle n'était ni probante ni évidente.

Puis, je repartais...

Les voyages reprenaient ainsi leur travail de sape d'un ménage américain.

Qui a dit que le plus beau voyage est celui qu'on n'a pas encore fait ?

Un illuminé comme moi, probablement.

John

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18 juin 2015

Chère Clara,

Quand je suis rentré à la maison, je ne t'ai pas tout dit.

Je t'ai souvent menti par omission.

Tu étais trop heureuse pour que je te raconte ce qui se passait dans mes affaires.

Dernièrement, je m'étais engagé dans une grosse affaire d'import-export avec un associé.

Il m'a secondé au début, puis il a voulu aller trop rapidement et nous avons perdu de gros clients.

Il se croyait invulnérable.

Quand il subissait un échec, il tenait pour responsable tout son entourage.

C'était un vendeur qui aurait pu vendre de l'eau à un noyé dans ses derniers soupirs.

Quand je revenais de voyage de prospection, étonné, je me ramassais une pelle de clients mécontents sans l'avoir recherché.

C'était à moi d’essuyer l'inondation qu'il avait généré chez les clients.

Avec les blagues qu'il racontait au client, il avait le beau rôle et j'ai fais le vide autour de moi en jetant des pavés dans la marre et en m'éclaboussant en même temps.

Être rêveur n'est pas un problème, mais il faut assumer ses rêves jusqu'à leur installation dans la réalité.

Mon associé me faisait honte dans ce jeu de dupe dont j'étais le soi-disant responsable.

Au début, je l'ai laissé dans ses illusions quand la situation le permettait.

Progressivement, pourtant, j'en avais marre de ses idées et actions de matamore alors que la crise commençait à poindre.

Plus moyen de cacher mon amertume et les disputes ont commencé.

Avec d'autres que toi, je mentais difficilement.

Ma franchise tournait à la gaffe en finissant par dire un « merde » retentissant.

Lui et moi, si rien ne changeait, je présentais la faillite et il semblait ne pas le sentir.

Elle arriva plus vite que prévu.

Je voulais ne rien laisser paraître de ma colère au retour à la maison pour te laisser vivre comme tu le faisais.

Je ne voulais pas t'impliquer dans ce désordre personnel.

Je suis rentré à la maison et tu m'as raconté l'histoire banale de ton amie avec laquelle tu riais, tu m'as fait rire et j'ai oublié tous mes problèmes pendant le reste de la soirée que nous avons eu ensemble.

Je ne me rappelle plus vraiment mais il s'agissait d'une confidence qu'elle t'avait faite sur sa manière vivre avec son homme du moment.

Merci Clara... merci pour ton humour.

J'espère que tu l'a remerciée en mon nom pour son histoire.

Ce matin, je suis reparti le cœur plus léger au volant en repensant à cela.

Je ne savais plus où aller...

Je t'embrasse...

John,

Clara se rappelait de l'accueil froid qu'elle avait reçu, lors de cette première visite chez les parents de John.

Elle ne lui en avait pas tenu rigueur.

Il ignorait toute l'histoire concernant l'enfance de John.

Elle en avait un peu plus compris les finesses quand ils s'étaient rencontrés au faux enterrement de John.

La chanson de "I'm calling you" du film "Bagdad café" lui revint dans la tête.

Elle ne s'imaginait pas comme cette  touriste qui avait quitté son mari et échoué en plein désert au Bagdad Café sur la Route 666 avec, pour tout bagage, une valise contenant sa garde-robe mexicaine et un jeu de magie.


 

 


30 juin 2015

Chère Clara,

Après la faillite de mon entreprise, je suis entré dans une période sombre.

Dépité, je me sentais dépassé par les événements comme un homme qui n'avait pas pu s'adapter à la vie moderne.

Je ne pensais même pas pouvoir rebondir après cet échec en me rappelant de l'immobilisme et du défaitisme dont mon père avait preuve.

Par la porosité de ses idées, je ressentais cette faillite comme une déchirure personnelle.

Ceux qui réussissent ne sont probablement pas autant incorruptible que je l'étais.

Mon ancien associé retrouverait une autre fonction sans tomber de dépit.

Un Américain dans les affaires a pour habitude de rebondir quand il a atteint le fond.

Dépressif, je me mentais à moi-même.

Depuis le début de la déchéance, honteux, je me sentais obligé de rester dans le mensonge par omission vis-à-vis de toi.

Je faisais semblant que tout allait bien. J'interceptais les lettres qui avaient un lien avec cette faillite.

Désœuvré, quand je quittais la maison, j'ai commencé à fréquenter les bars et à boire en cachette.

Un verre puis un autre et puis encore un autre.

Avant de rentrer à la maison, je me rinçais la bouche pour en extraire l'odeur de l'alcool.

Assis sur un tabouret de comptoir, je regardais devant moi, vidé de toutes substances.

Je vivais une véritable fuite en avant sans avoir beaucoup réfléchi aux conséquences.

Plus le temps avançait, plus je m'enfonçais sans plus pouvoir m'en sortir.

J'avais encore de l'argent en banque, mais je n'avais plus rien d'autre à qui confier mon désarroi.

Combien de fois, j'ai hésité de te mettre au parfum de ma descente dans les abîmes de l'incertitude.

J'ai essayé, une fois, je me souviens, quand mon trouble était trop fort et que j'avouais que j'avais une grosse affaire qui tombait à l'eau.

Tu m'avait souri.

Tu étais visiblement à mille lieux de la profondeur de mon trouble et de ce que je pensais te raconter.

J'ai abandonné. Je n'ai jamais recommencé et j'ai continué à tout prendre sur moi.

Relancer une autre affaire ou se laisser engager pour le compte d'une firme commerciale, n'avait pas l'heur de me plaire.

Quand on a été administrateur et son propre chef dans une entreprise, cela devient un dilemme.

Je ne voulais pas recréer le passé.

Dans ce genre de périodes de détresse, on devient une proie pour des observateurs ou des observatrices avisées.

Un jour dans une taverne en me demandant ce que j'allais faire avec un verre devant moi, une femme s'est approchée.

Elle était jeune. Elle m'a parlé. Elle en connaissait bien plus de la vie que je pouvais l'imaginer.

Elle avait eu des aventures sentimentales sans lendemain, mais elle les racontait avec humour.

Je lui ai parlé de ma faillite. Elle a ressenti ma détresse.

Les confidences mutuelles se sont échangées.

Séductrice, elle savait parler et consoler.

Un lien d'amitié s'est établi comme entre deux paumés.

Je la retrouvais le lendemain et le surlendemain.

Avec elle, le vide en moi se remplissait progressivement sur un remonte pente.

Je devais avoir atteint le plancher de mon désarroi.

Le côté machiste qui existe en tout homme, me faisait penser que je valais encore quelque chose.

Tomber amoureux, je n'aurais pas pu, mais elle mettait un pansement sur ma déchirure.

« Tomber amoureux, c'est ne voir que le bon côté que l'on veut voir et entendre ce qui sied à nos oreilles », comme disait quelqu'un dont j'ai oublié le nom.

On ne prête pas attention aux problèmes à mettre en concordance avec des désirs innocents alors qu'on met les siens entre parenthèses.

Je me suis laissé prendre au jeu de la solitude partagée.

Elle a essayé de m'entrainer dans son lit.

Ne t'inquiète pas, cela n'a pas marché et il n'y a pas eu de deuxième essais de repêchage.

Mais elle m'avait remonté le morale.

Peut-être, moi-même lui ai-je servi.  Je le lui souhaite.

Un jour, elle s'est rendu compte que son rôle de samaritaine allait finir.

D'un commun accord, nous avons coupé tous nos contacts. Je ne suis plus retourné dans cette taverne de nos rencontres.

Cette histoire était plombée par quelques remords et une lâcheté que j'avoue aujourd'hui.

Je me devais de te raconter cet épisode intermédiaire dans ma vie.

En consultant un journal, j'ai découvert une offre d'emploi qui ne précisait pas le nom de l'employeur mais qui correspondait à mes compétences.

Une opportunité nouvelle germait dans ma tête.

L'espoir renaissait. Je me suis présenté à l'adresse indiquée.

Ce n'était pas dans une entreprise, mais dans un coin de salle d'un hôtel. L'entrevue fut bizarrement très discrète plus pour élaguer les importuns.

Deux interlocuteurs m'ont questionné sur ma vie, mes qualifications et surtout mes antécédents.

J'étais assez interloqué par le genre de question mais je répondais à toutes n'ayant rien à cacher de ma situation actuelle.

Ils notaient toutes mes réponses dans un calepin.

Ils recherchaient des spécialistes en cryptographie avec de bonnes connaissances dans les nouvelles technologies de l'information

La cryptographie avait fait partie de mon enseignement à West Point.

Cela semblait dans leurs cordes mais sans effusion d’enthousiasme. J'ai donné notre adresse.

L'entrevue terminée, ils m'ont dit que d'autres interviews devaient avoir lieu et que l'on m'écrirait à mon adresse sans mention spéciale de l'envoyeur.

Tout cela m’intriguait mais je n'en avais cure et cela m'excitait d'autant.

Je n'avais plus qu'à attendre.

Pardon de n'avoir jamais raconté mes tourments.

Pardon pour m'être laissé conté fleurette par une inconnue.

J'aurais certainement mieux fait de partager mon désespoir avec toi.

Cet épisode de ma vie remonte déjà loin dans le temps, mais je me devais d'être honnête envers toi et te l'avouer.

Bien à toi,

John,

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15 août 2015

Chère Clara,

Je surveillais l'arrivée du courrier pour que tu ne tombes pas sur une lettre avant moi.

Une semaine après, une lettre est arrivée avec l'invitation à me rendre à une adresse différente.

J'avais donc été pré-sélectionné.

J'y suis allé et les nouveaux interlocuteurs m'ont révélé, en plus de détail, la fonction qu'ils recherchaient.

Quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai appris que le poste vacant recherché dans un service de cryptographie des messages pour un service de renseignement.

Là, j'ai flippé. Je me suis enthousiasmé peut-être un peu vite.

Ce n'est qu'après que l'on m'a dit que c'était pour la National Security Agency, la NSA. Une agence gouvernementale.

Je connaissais la CIA comme organisation du renseignement mais pas la NSA.

Et pour cause, la NSA ne fait pas autant d'efforts pour se faire connaître que la CIA comme tu vas le découvrir dans les lettres qui suivent.

Ils m'ont donné quelques détails généraux.

Cette organisation est née en 1952 pour unir les efforts de cryptologie suite à une pulsion de la Navy et de L'US Air Force.

Le père spirituel de l'agence fut le général quinquagénaire, Ralph Canine.

Initialement, les buts étaient tournés à 50% vers la surveillance de l'URSS.

Il a développé ensuite une structure active qui s’insérait dans les décisions de la politique internationale américaine concernant le Vietnam, Cuba, l'Irak et Al'Qaida.

Bien que la NSA a une histoire très secrète, elle est omniprésente.

Elle est le noyaux le plus actif dans le très vaste réseau d'espions.

La raison de mon ignorance était compréhensible puisque son existence n'a été révélée que cinq ans après sa création mais cela perdurait.

A sa naissance, il n'existait ni commission du Congrès ni lois officialisant sa création ou visant à contrôler ses agissements. Il n'existait que des textes destinés à la protéger.

200.000 personnes travaillent à la NSA dans le monde.

L'Agence s'occupe de tout ce qui se dit ou s'écrit dans la presse et dans les milieux diplomatiques.

Ses prérogatives vont jusqu'à dépouiller les revues techniques, nationales ou étrangères, à analyser les discours et les médias et même les fictions et les romans policiers.

Elle était connue avec le nom de « L'Agence » ou de « La Compagnie ».

J'ai appris ensuite que l'agence a reçu plusieurs surnoms humoristiques comme « No Such Agency », « Nothing Sacred Anymore », « No Say Anything ».

Son budget annuel est estimé à plus de dix milliards de dollars.

Les ordinateurs de dernières générations et l'intelligence artificielle ont fait partie de l'arsenal d'outils pour effectuer ses diverses tâches d'espionnage.

La prépondérance des activités tournait autour du domaine économique et de la recherche mais pas seulement.

Aujourd'hui, c'est un véritable empire qui communique à partir de Fort Meade pour coordonner ses activités hautement techniques en rapport avec les opérations des États-Unis.

La NSA offre l'aspect d'une citadelle de verre et d'acier protégées avec un luxe de précautions inouïes sur une surface de quinze hectares où sont disséminés des dizaines de bâtiments. 

Un musée et une bibliothèque y ont été inaugurés pour le public.

Beaucoup de « geeks », passionnés par le numérique s'y retrouvent.

Participer à la sécurité des États-Unis et entrer dans l'agence, quelle belle opportunité pour servir mon pays, me suis-je dit.

J'allais pouvoir exercer mes talents mathématiques par l'art de la cryptologie et j'en oubliais tous lres risques de vicissitudes.

J'ai donné mon accord, mais je n'étais pas encore engagé pour autant.

Le soir, je suis revenu chez nous avec un sourire qui n'était pas faussé.

Je retournais dans mes rêves d'enfance et cela m'excitait.

Tout ce que je t'écrirai dans les lettres qui suivent, est entré dans le domaine public.

Je ne pourrai t'en dire plus.

John,

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17 aout 2015,

Je suis allé à Fort Meade.

Les organismes de sélection du personnel m'ont examiné sous toutes les coutures, dans les détails les plus intimes.

Ma vie a été exhumée, recoupée, analysée, répertoriée.

Mes opinions politiques, mes manies et mes ambitions ont été passées au crible.

Des tests psychologiques très poussés faisaient partie de la sélection.

J'ai compris ce qu'était réellement "Big Brother" à l’œuvre.

Je ne sais pas comment, par quel artifice, j'ai été sélectionné entre beaucoup de candidats et reçu mon billet d'entrée dans l'antre du secret.

Probablement, mon passé militaire, mes qualifications, mais peut-être aussi, mon caractère solitaire et introverti qui correspond à l'agent secret type.

L’handicape principal à mon engagement, c'était toi.

L'acceptation de ta présence en tant qu'épouse a été difficile.

Les sélectionneurs sont remontés sans que tu le saches sur ton passé et tes parents mexicains.

J'ai appris par la suite que les employés de la NSA sont encouragés à se marier entre eux.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette procédure de probation, d'enquête sur moi-même a été très importante pour découvrir la faille qui ferait de moi un traître en puissance.

Elle comprenait en plus de mon éducation, le contrôle de mes voisins, amis, anciens camarades de travail.

La politique du soupçon et le principe de loyauté indépendamment du grade et de l'ancienneté, comprend un passage au détecteur de mensonges tous les trois ans.

Le secret devait devenir une routine.

Quand je les ai intéressé et qu'ils ont décidé de prendre ma candidature en considération, ils ont bien remis ma fibre patriotique en fonction.

En finale, j'ai dû signer des documents comme s'il s'agissait d'un Pacte avec le diable qui m'interdisait, à vie, de faire de la publicité de mon engagement à qui que ce soit, ni de dévoiler mon employeur même à toi-même.

Dans leurs bureaux, j'ai été formé sur les procédures, les cours militaires généraux, mais aussi les fondements des secrets défenses et la confidentialité des renseignements.

On t'y apprend à ne jamais faire confiance à quiconque suite à une première réaction émotive.

L'apprentissage passe par comment traduire ou maquiller une vérité pour ne pas dévoiler tes fonctions et comment perdre tes émotions dans n'importe quelle situation de stress.

Le secret devenait pour moi une seconde nature avec la surveillance de mes alter-ego dans les deux sens comme sécurité ultime.

Tout devient un risque potentiel pour moi et pour l'équipe dans laquelle je fais partie.

J'ai certainement été mis sous surveillance avec ma chambre d'hôtel truffée de micros et mes communications enregistrées.

Je le suis peut-être encore après des années d'exercices.

Mais pour un novice comme je l'étais, cela m'a demandé beaucoup d'effort pour accepter cette surveillance.

Je suppose que tous les organismes d’espionnage ou de contre-espionnage à l'Est comme à l'Ouest ont des règles très similaires.

Ce qui ne gâche rien, être agent était relativement payé puisque les budgets de l'agence le permettaient.

Temporairement, je mettais entre parenthèses, mon désir secret d'aller sur le terrain des opérations.

Mes penchants pour les « grandes migrations » restaient intacts.

Dès mon entrée parmi le personnel, j'ai appris à connaître Ted.

Il était entré à la NSA deux mois avant moi.

Il est devenu un véritable ami. Le seul avec qui j'avais « presque » confiance à 100% tellement qu'il me ressemblait sur beaucoup de points.

Quelques mois après l'instruction, j'ai postulé pour aller chercher l'information dans le monde à condition que je puisse revenir un certain nombre de fois pour revoir ma famille.

Nouveaux concerts d'instructions, de recommandations et de précautions à apprendre pour quitter Fort Meade.

Concert qui consistait à questionner les gens dans un monologue pour récolter des informations sans rien révéler sur moi-même.

J'ai eu des missions secrètes dans quelques endroits de la planète avec lesquels les États Unis avaient quelques soucis et différents de méthodologie de gouvernance.

En Europe, ce fut dans la succursale de Stuttgart en Allemagne.

Je transférais mes rapports via la valide diplomatique ou par d'autres moyens encore plus secrets.

Je te raconte la suite dans d'autres lettres.

John,

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25 août

Chère Clara,

Et si je commençais par l'histoire de Kennedy à une époque fertile en événements pour l'agence.

La crise de Cuba avec les missiles envoyés par les Russes apporta un coup d'arrêt à la CIA.

Je dis bien de la CIA.

Aux yeux de JFK, le constat de carence de leurs services de renseignements, leur avait été attribué.

De ce fait, la NSA avait franchi un nouveau pas dans sa légitimation pour exiger encore plus de moyens en effectifs, en équipements et bien sûr en crédits.

Beaucoup de fantasmes autour de l'histoire de JFK ne sont arrivés dans le public que depuis quelques années par la presse.

Tout a été maintenu secret par peur des représailles.

Quand tous les renseignements sont cryptés, le job de la NSA devait protéger ses sources et craquer celles des autres, ennemis ou non. 

Internet venait d'exister mais pas le Web.

Entre être espionné et être espionné, c'était la valse des secrets dans cette "grande entreprise publique".

Dans les coulisses, il y a des anecdotes qui ressortent des tiroirs de l'archivage de la NSA.

Entre CIA et NSA existait un sentiment de « je t'aime moi non plus » en marchant parfois sur les mêmes plates bandes.

JFK fut un démocrate d'un type très particulier.

Visionnaire mais aussi coureur de jupon et empêcheur de tourner en rond autour de lui.

1961 a été une année charnière pour la NSA.

A cause de ces missiles nucléaires pointés vers le pays, nous étions à deux doigt d'une guerre nucléaire avec l'URSS de Khrouchtchev.L'affaire prioritaire de Cuba lui en donna l'occasion comme s'il s'agissait d'un super-Vietnam.

Un coup de chaud suivi par un coup de maître de la part des faucons de la NSA.

Si avant, elle s'imposait comme un pivot du système en bafouant quelques lois au passage, il ne lui manquait que l'opportunité de pénétrer jusqu'au centre décisionnel de la Maison Blanche.

La Q Street à Washington était le centre de rendez-vous des idées et des comploteurs.

L'histoire de Mary Meyer en a fait partie.

JFK avait été amoureux d'elle et une fois marié, il aurait même pensé divorcer pour elle.

Il était devenu priapique par cette boulimie reliée à une kyrielle de médicaments qu'il prenait pour lutter contre la maladie d'Addison qui affectait la capacité du corps à réguler le sucre et le sodium.

Le couple Meyer était très proche des hautes sphères du pouvoir.

Elle avait épousé un bellâtre aisé qui monta à le 2ème de la hiérarchie de la CIA.

Journaliste de profession, Mary se mettait à coudoyer des milieux gouvernementaux tout en s'adonnant à la vie de bohème avec le LSD comme support intellectuel.

Brillante, subversive et fantasque, elle était un mélange explosif avec son esprit hors du commun mais détestait les sorties mondaines. Son côté très privé, plaisait à JFK.

Elle avait revu JFK après son mariage mais sans sortir des alcôves du mystère.

La NSA connaissait les agissements de ce couple non conforme à l'intelligence américaine.

Pour contrer l’influence soviétique et la tendance communiste en Amérique latine, JFK avait signé « L'Alliance pour le Progrès » qui devait apporter une aide massive sociale et humanitaire et instaurer la démocratie du style américain.

Les grands groupes américains se souciaient fort peu du développement de la démocratie dans cette partie du monde.

Il avait poursuivi sont action en voulant supprimer des niches fiscales qui permettaient des économies mais qui venaient en opposition avec les compagnies pétrolières.

Laurence H. Frost fut nommé pendant deux ans à la tête de la NSA afin de pallier les défauts de son prédécesseur, John A. Samford.

A l'époque, il fallait mettre un terme aux financements des groupes anti-castristes de Floride en s'opposant à l'organisation N.R.A., la National Riffle Association.

Il faut garder une tension dans le monde pour que le marché des armes fonctionne.

Le pacifisme ne fait pas recette, ne rapporte rien à cette association ni pour des organismes du renseignement qui y retrouvent des moyens financiers par ricochet.

La CIA aurait rapidement tourné à la catastrophe du fait qu'elle négligeait les responsables civils.

Allen Dulles fut viré par JFK. Son protégé, Youri Nousenko du KGB avait été mis au secret par Dulles parce que celui-ci pensait qu'il en savait trop.

Puis, il y eut l'assassinat inattendu de JFK.

Mary Meyer a tout de suite été persuadée qu'un complot contre lui et la Maison Blanche pour fomenter une forme de coup d’État.

Le 27 septembre 1964, le complot a été démenti par la commission Warren, dont le rapport montrait Oswalt comme seul coupable.

Une légende pour Mary. 

Oswalt, un faux communiste perdu dans un monde qui le dépassait, assassin de JFK, l'idée même l'avait fait bondir alors que les noms des faucons des services secrets tournaient en boucle dans sa tête.

Qu'ils soient vrais ou faux, elle était parvenue à se faire une opinion très différente à la suite des échos les plus secrets de la CIA à Langlay. 

Elle fit sont enquête, remonta dans le passé de Lee Harvey Oswalt et de son assassin, Ruby.

Elle répandit ses théories fumeuses dûment argumentées à Washington et fut mise sur écoute téléphonique.

Était-elle la femme qui en savait trop ?

Le 12 octobre 1964, alors qu’elle faisait son jogging le long du fleuve Potomac, Mary fut abattue d’une balle, onze mois après son amant et moins d'un mois après les conclusions de la Commission Warren.

On ne retrouvera jamais le coupable.

Un vieil ami de Mary, Peter Janey, cherche toujours comment et qui avait perpétré ce crime.

En 1976, une autre commission sur cette affaire a disculpé les Services secrets mais a admis que ceux-ci devaient avoir néanmoins un rôle actif dans une conspiration complexe.

Une histoire de services secrets qui a été reprise avec beaucoup de détails dans le livre « Meurtre à Georgetown ».

A la NSA, la conclusion de cette nouvelle commission arriva comme une onde de choc en envoyant tout le monde sur le pont pour chercher d'autres responsabilités plus plausibles.

Puis il y a eu l'assassinat de Bob Kennedy par Sirhan Sirhan.

Certains ont parlé d'une malédiction des Kennedy en oubliant les indices concordants.

La question première "à qui profite un crime", s'épaississait quand on voit les choses différemment de l'intérieur des services secrets.

Tu es entrée dans les mystères secrets ou on ne s'embrasse pas

... mais qui ne m’empêche pas  de t'embrasser

John,

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2 octobre 2015

Chère Clara,

Je continue par l'histoire de la NSA qui a été reprise en partie dans le livre « La Puce et les Géants ».

Si la CIA était responsable de tout vis-a-vis du public, le pouvoir de la NSA ne faisait que grandir.

Il était matériellement impossible de vérifier ni les agissements ni les dépenses de la NSA qui administraient des centaines de bases à l'étranger et qui faisait des clichés par satellites.

Le président Lyndon Johnson se plaisait à exhiber ces photos.

Pour lui, c'était une manière brutale de mettre en garde les États adversaires puisqu'il savait tout d'eux.

En 1965, l’influent général Marshall Pat Carter à la tête de la NSA, que l'on avait surnommé « l'Auberge de l’anagramme », était plus scientifique que militaire.

Il préférait l'indépendance à l'appartenance à la Défense.

Une enquête fut lancée par Richard Helms pour déterminer si l'efficacité de la NSA correspondait aux dépenses toujours en augmentation, qu'elle exigeait.

Pour comprendre ses dépenses, il faut se rappeler que les États-Unis ont toujours été une cible pour les terroristes de tous poils.

Rien de paisible dans cette période.

En 1969, des activistes protestaient contre la guerre du Viet-Nam.

Un hôtel qui était une fabrique de bombes, explosa à New-York.

En 1970, on comptait 3000 attaques à la bombe et 50.000 menaces provoquant l'évacuation des immeubles.

Des violences d'origine politique et gauchiste dans une Amérique considérée comme uniformément droitière...

Non, rien n'est jamais gratuit pour apporter une justification à l'espionnage.

En 1973, la CIA a été reconnue comme le bras armée de l'ombre pour rendre improductives les tentatives socialisantes d'Allende au Chili.

Personne n'avait pointé la NSA.

Le mystère de son existence a toujours été plus fort et désignait de préférence un acteur plus connu ...

Dans la politique du président Nixon, le secret était devenu une obsession. 

Son vice-président Spiro Agnew fustigeait les désordres et clouait au pilori une « petite élite arrogante » dites souvent sous « influence communiste » qui organisait des vagues de « subversion ».

L'ambiance était surchauffée dans une guerre info-maniaque au point de penser à un putsch militaire sans l'autorisation du Pentagone.

Contrôler un pays, pour Nixon, c'était le surveiller de toutes les manières possibles dans un état devenu Gestapo.

En final, tout cela entraina le scandale du Watergate, révélé en pointant la CIA comme responsable. Encore une fois, la NSA et la directive n°6 qui l'avait fondée, furent épargnés.

La tentative du démocrate, Jimmy Carter, de brider la NSA fut un échec.

Sous la présidence de son successeur, Ronald Reagan, les crédits ont afflué à nouveau pour s'opposer à « l'Empire du mal » via la « Guerre des Étoiles » qui devait annihiler les armes des adversaires.

Ses liens reconnus avec la mafia lui ont permis de grimper jusqu'à l'investiture de président.

Un président, très aimé par la population américaine, arrivé dans l'air du temps des Golden boys et de Margaret Tatcher. 

Loyal envers ceux qui le sont envers lui, qui l'ont soutenu et ont effacé son ardoise de ses dépenses extravagantes, Reagan, un président sur mesure, devait leur rembourser en effaçant les dossiers louches.

Les mêmes arguments fallacieux mènent le monde et le monde des secrets prend sa part au passage.

L'attentat à New York en septembre 2001 fut un autre coup de massue par un échec attribué à la CIA.

La NSA n'était pas plus éloignées des fiascos de la CIA et du FBI qui n'avaient rien vu venir, mais personne ne s'en souciait.

Le programme de surveillance électronique PRISM a alors été installé pour cibler les personnes les plus hautes placées dans le monde. Appelé officiellement "Terrorist Surveillance Program", il a été mis en place par l'administration Bush après les attentats du 11 septembre 2001. La révélation de ce programme a eu retentissement dans le monde en créant un scandale que Barack Obama a dû calmer difficilement en affirmant que cela allait être court-circuité de l'intérieur.

En 2006, arriva une nouvelle "bombe" qui a créé la panique à bord de la NSA.

Les révélations appelées « Wikileaks » faisaient ressortir un véritable trafic d’informations de l'ombre.

Son lanceur d'alertes, Julian Assange était à la tête des fuites en passant par les pays communistes asiatiques et par Cuba.

Les lanceurs d'alertes deviennent les hérétiques du monde numérique. "Between the cloud and the hell"

Cet ennemi public numéro un s'est protégé par la reconnaissance du public avide de ce genre de confidences.

Son histoire a été montré dans le film « Le Cinquième pouvoir » (« The Fifth Estate »).

Quand Assange a fait sortir sa vidéo qu'il a titré par « Meurtre collatéral », ce fut un détonateur dans le public.

Les ennemis naturels des organismes du secret sont les journalistes d'investigation et les bénévoles idéalistes.

Une fois, repérés pour leurs agissements suspects, ils sont mis sous surveillance.

Les activistes nous font devenir réactionnaires par procuration contractuelle d'une thèse contre une autre. Tout devient classé secret défense.

Quand des preuves sont confirmées, que reste-t-il sinon court-circuiter les réseaux de fuites pour les faire déraper sur de fausses pistes, les "fakes", pour les infirmer et les discréditer.

La fiabilité de nos propres sources devient douteuse jusqu'à penser qu'elles ont été retournées.

Par ces fuites, les noms de nos espions ont été divulgués les rendant vulnérables.

Barack Obama a été furieux contrer les services secrets et a dû s'expliquer devant la presse internationale en disant qu'il prendrait des dispositions pour les éradiquer. Encore faut-il atteindre le bon service à la bonne adresse.

La guerre de l'info a dû faire de nombreuses victimes parmi nous.

Un mandat d'arrêt à l’encontre de Assange qui s'est retiré à l'ambassade d’Équateur à Londres avec ses comptes bancaires bloqués, n'y changea rien.

Devenu la coqueluche de la population, Assange continue à nous faire souffrir.

La suspicion de ses délits sexuels en Suède pas plus.

La déviance sexuelle est un argument qui avait déjà été utilisé dans l'histoire de la NSA pour écarter Bermon Mitchell et William Martin, les deux anciens de la NSA.

« Donner un masque à un homme, il vous dira la vérité », disait Oscar Wilde.

J'ai été affecté dans une équipe que l'on appelait Groupe avec le rôle d'analyser les renseignements bruts et en retirer du renseignement fini.

En 2013, les révélations d'Edward Snowden apportèrent nouvelle secousse sismique.

Traquer les informations et leurs propagateurs sans état d'âme pour éviter d'autres fuites se résume à rechercher les sources pour déterminer comment elles ont pu sortir des voies autorisées.

Chopé par cette recherche, le militaire Chelsa Manning a été condamné.

Continuer à chercher si un tel poisson n'en cache pas un autre.

Tu te souviens de l'enterrement de Mandela en décembre 2013.

Obama a sauté sur l'occasion de cet événement pour créer un timide réchauffement avec Cuba parce que lui aussi avait des opposants à tout rapprochement avec l'administration cubaine.

En coulisse, tout cela avait été préparé dans une mécanique de l'ombre.

Le serrement de mains devait avoir l'air d'être naturel et non prémédité Barack Obama et Raoul Castro.

Cuba n'était plus ni sous le giron de l'URSS ni sous la Russie.

Il fallait récupérer l'île sous la bannière étoilée pour trouver de nouveaux débouchés pour les produits américains.

Le bien et le mal s'épousent parfois pour des raisons économiques sous le saut du secret.

Même le KKK est toujours sur la liste des actifs, ramollis peut-être mais qui veillent au grain.

Discrétion quand tu nous tiens...

Je continue cette visite historique dans la lettre suivante...

Je t'embrasse

John,

Clara fit une pause et arrêta de lire.

De la NSA, elle en avait appris plus qu'elle n'aurait pu en connaitre puisque qu'elle n'en avait jamais entendu parlé avant l'arrivée de ce soldat qui l'avait informée de la mort de John.

Elle en restait de ce fait, très curieuse de lire la suite comme si c'était un roman policier dont elle est très fan.


Suite et fin le 25 mars

 

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